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L'armistice - La marche vers le Rhin - La Fourragère - La dissolution

« Ils » ont signé !

Le 11 Novembre 1918 à 11 heures, toutes les cloches de toutes les églises d’alentour sonnent à toute volée. Toutes les réserves de fusées fournissent un important contingent à un gigantesque feu d’artifice.

C’est la Joie, ce sont les embrassades !

C’EST LA VICTOIRE !

LA MARCHE VERS LE RHIN

Alors commence la randonnée triomphale.

Le 106ème reste quelques jours sur ses positions pour que soit maintenue une certaine distance entre les deux Armées, puis franchit l’ancienne ligne allemande et, peu après, entre dans la partie de la Lorraine qui vient de faire retour à la France après un demi-siècle de domination étrangère.

A Donnelay, l’accueil est particulièrement chaleureux.

Pour faciliter notre passage dans la zone des combats, l’ennemi a fait sauter, comme il le lui avait été prescrit, une grande partie de ses ouvrages et moyens de défense, et nous avons pu contempler d’immenses champs de mines explosés, format de gigantesques entonnoirs.

Nous avons pu frémir en pensant aux pertes cruelles que notre Cher Bataillon aurait pu subir, malgré notre énorme supériorité de moyens, si les Allemands avaient continué la lutte, avec l’avantage de procédés de combats qui ne se sont généralisés que plus tard, de 1939 à 1945.

Nous nous dirigeons ensuite sur Dieuze, Montbrun (Monbronn sous la domination allemande) , Sarre-Union, puis près de Rhorbach, Petit-Rederching (Klien-Rederchingen), puis nous pénétrons et progressons en territoire allemand, et par petites étapes passant à Klein-Steinhausen, nous faisons une entrée sensationnelle dans la grande ville de Kaiserslautern, où nous passons quelques jours.

Enfin, passant par Neukirchen et Ramsen, puis après trois jours d’arrêt à Zell-ei-Worms et avoir traversé ou longé les coteaux de vignobles des bords du Rhin,  c’est l’arrivée au terminus de l’avancée du Bataillon, dans la cité historique de Worms …. SUR LES BORDS DU RHIN !

L’entrée dans cette ville se fait le 1er Décembre 1918 à midi après un repas amené par les « roulantes » dans les faubourgs.

Le défilé passe par les artères principales, en présence d’une foule immense, contenue par de nombreux gendarmes et policiers en « casque à pointe » et nullement hostile ; il se termine à la caserne du 99ème Régiment d’Infanterie Bavaroise.

Dans l’après-midi, le Capitaine FIRMIN, de la 3ème Compagnie (qui, étant de garde ce jour-là, a eu l’honneur d’être en tête du défilé, derrière le Commandant HUREL), va, avec le Lieutenant HUBERT et le Sous-lieutenant BALLAND, installer les postes de garde aux romantiques ponts du Rhin, flanqués de tours majestueuses : le « Strassenbrücke » (pont routier), l’Eisenbahnbrücke (pont ferroviaire), à la « Hauptbahnof » (gare centrale) et à l’Hôtel de Ville. Ils seront ainsi les premiers à contempler le fleuve !

Traversant le pont routier, ils croisent, au milieu, une sentinelle allemande sans arme ni équipement : la veille, les hommes de sa section avaient jeté le tout dans le Rhin. Le « Leutnant » commandant celle-ci se présente à nos Officiers et les informe que le lendemain il se retirera derrière la ligne de démarcation, fixée à 10 km de la rive droite.

Le 3 Décembre 1918, nous recevons l’ordre Général suivant, daté du 30 Novembre 1918, du Général MANGIN :

GROUPE d’ARMÉE FAYOLLE
Xème ARMÉE
ETAT-MAJOR 3ème Bureau

 

AU Q.G., le 30 Novembre 1918

 

ORDRE GENERAL

Officiers, Sous-officiers et soldats de la Xème Armée, je suis très heureux de la belle attitude et de la discipline montrée par tous au cours de la traversée de l’Alsace Lorraine. Chacun a senti qu’aucun désordre ne devait se mêler aux joies magnifiques de la délivrance. Merci.

 Vous allez poursuivre votre marche triomphale jusqu’au Rhin, vous borderez et dépasserez en certains points cette frontière qui fût si souvent celle de notre pays.

Vous allez vous trouver en contact avec des populations nouvelles qui ignorent les bienfaits passés de la domination française.

Personne ne peut nous demander d’oublier les abominations commises par nos ennemis durant quatre années de guerre, la violation de la foi jurée, les meurtres de femmes et d’enfants, les dévastations systématiques sans aucune nécessité militaire.

Mais ce n’est pas sur le terrain de la barbarie que vous pouvez lutter contre nos sauvages ennemis, vous seriez vaincus d’avance. Donc, partout, vous resterez dignes de votre grande mission et de vos victoires.

Sur la rive gauche du Rhin, vous vous souviendrez que les Armées de la République Française, à l’aurore des grandes guerres de la Révolution se comportèrent de telle sorte, que les populations rhénanes ont voté par acclamation leur incorporation à la France. Et que les pères de ceux que vous allez rencontrer ont combattu côte à côte avec les nôtres sur les Champs de Bataille de l’Europe pendant 23 ans.

Soyez dignes de vos pères et songez à vos enfants dont vous préparez l’avenir.

Point de tâche aux lauriers de la Xème Armée, tel doit être le mot d’ordre de tous

Signé / MANGIN

Le 17 Décembre 1918, le 106ème quitte Worms et revient par étapes dans la région de Merlebach, puis dans celle de Homburg (en Lorraine, au Sud-ouest de Kaiserslautern), et enfin dans la région de Metz : à Vantoux, Vallières, Plappeville, Sainte-Marie-aux-Chênes.

Pour la nouvelle année, le Général de CORN, dans son émouvant Ordre N° 9.773/3, présente ses vœux à la 129ème Division :

129ème DIVISION
ETAT-MAJOR 3ème Bureau
N° 9.773/3

 

AU Q.G., le 31 Décembre 1918

 

ORDRE

Officiers, Sous-officiers et Soldats de la 129ème Division. Il y a un an, à pareille époque, j’exprimais ma confiance en vous et mon espoir : Vous n’avez pas trompé mon attente.

Devant le Kemmel ; à la contre-attaque de Courcelles, dans la bataille et la poursuite de Méry à Guiscard, vous avez arrêté et battu l’ennemi.

Vous vous êtes affirmés les soldats braves et tenaces du Linge, de Verdun, du Chemin-des-Dames, de la Malmaison. Vous vous êtes surpassés vous-mêmes.

Vous avez connu la joie du triomphe. Vous avez traversé la Lorraine et l’Alsace, aux acclamations de nos frères délivrés. Vous avez parcouru le Palatinat et la Hesse et vos avant-gardes ont les premières campées sur le Rhin.

Aujourd’hui, l’ennemi courbe la tête et attend les conditions de paix que nous allons dicter.

Votre tâche de soldats est accomplie : Votre tâche de citoyens commence. Demain va s’ouvrir l’année nouvelle ; vous allez retourner dans vos foyers, auprès de ceux qui vous sont chers. Vous aurez de grands devoirs à remplir : après avoir remis la France debout, il faudra unir vos forces pour la rendre belle et prospère.

Vous avez beaucoup appris pendant cette longue guerre : il faut réfléchir. Vous comprendrez que si la discipline et la confiance dans les chefs ont fait la force principale de nos Armées, demain l’ordre, l’honnêteté, la concorde assureront la grandeur de notre pays.

Cette grande tâche, vous devez l’accomplir et, après avoir été les premiers soldats du monde, vous nous montrerez ses plus grands citoyens.

Encore une fois, Officiers et Soldats, je vous exprime ma confiance. Mes souhaits vous accompagnent du fond du cœur.

Le Général de CORN, Commandant la 129ème Division

Signé : de CORN

LA FOURRAGERE

Le 7 Janvier 1919, sur la Place d’Armes de Metz, les fanions des 106ème, 120ème et 121ème Bataillons de Chasseurs reçoivent le Fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre des mains du Maréchal PETAIN.

LA DISSOLUTION

Après un séjour dans la région de Metz-Campagne, le 106ème va occuper, au début de  Mars 1919, la Caserne Rapp, à Forbach.

Il participe à une cérémonie patriotique, que préside notre visiteur de Bathelémont-les-Bauzemont, Monsieur le Préfet Léon MIRMAN, nommé Haut-commissaire de la République, à Metz.

Et c’est là, à Forbach, que, le 5 Avril 1919, se séparèrent les derniers éléments d’un bataillon d’élite, avec la fierté d’avoir écrit, sous son numéro glorieux, quelques-unes des plus belles pages de l’Histoire de la Grande Guerre et d’avoir dans deux tragiques journées où se décida le sort de la Patrie, contribué d’une manière hautement efficace à la Victoire de nos Armes.

Les derniers éléments du Bataillon ont été principalement répartis entre les 25ème et 29ème B.C.P. où ils seront démobilisés.

LE COMMANDEMENT du BATAILLON

Les Chefs du bataillon

Commandant CHENEBLE

du 13 Mars 1915 au 17 Septembre 1915

Commandant BURTSCHELL

du 18 Septembre 1915 au 29 Mai 1917

et du 4 Juillet 1917 au 19 Septembre 1917

Commandant DERICHEMONT

(provisoirement)

du 29 Mai 1917 au 4 Juillet 1917

Commandant LAHUTTE

(évacué pour atteinte par gaz)

du 19 Septembre 1917 au 22 Octobre 1917

Commandant LAGOUBIE

(Mort au Champ d’Honneur)

du 14 Décembre 1917  au 11 Juin 1918

Commandant HUREL

du 18 Juin 1918 au 5 Avril 1919

 

Capitaine PICARD

(évacué par gaz)

du 22 Octobre 1917 au 29 Octobre 1917

Capitaine PERNET

du 29 Octobre 1917 au 14 Décembre 1917

Capitaine BEL

du 11 Juin 1918 au 18 Juin 1917

 
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