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La Lorraine dernier secteur

Après sa magnifique avance jusqu’au Canal du Nord, la 129ème Division revient vers l’arrière, par étapes, et s’embarque dans la région de Montiers pour la Lorraine.

Elle se reforme pour se préparer aux derniers combats, sans avoir pris de repos, mais le Haut commandement, devant l’accélération de la retraite des Allemands qui cherchent à échapper au désastre d’une capitulation va jeter toutes ses unités dans la mêlée, ne voulant pas qu’une seule puisse manquer à l’hallali !

Après une période de reconstitution de quelques jours à Einville, elle remonte donc dans le Secteur s’étendant, en avant des localités voisines d’Einville et Raville-sur-Sânon, à Bauzemont (sur la rive Nord du Canal de la Marne au Rhin) à Bathelémont-les-Bauezmont (à 2 km au Nord de Bauzemont) et à Hénaménil (à 2km à l’Est), en liaison avec nos positions de la Forêt de Parroy.

En face, les Allemands tiennent Récicourt-la-Petite, Coincourt, Parroy et Mouacourt.

Les effectifs en présence, circulent sans arrêt dans ce vaste « no man’s land » de deux à trois kilomètres ; parfois, c’est une Compagnie entière qui s’en va en reconnaissance jusque dans la première ligne allemande, coupant les réseaux de barbelés et se promenant jusqu’au moment où quelques coups de feu venant d’un point d’appui ennemi montrent qu’elle à été découverte ; ou revenant au point du jour sans avoir rencontré personne.

Fin Octobre 1918, les Allemands envoient une Compagnie sur les Carrières de Gypse (à 2 km au Nord-Est de Bathelémont), tenues par un petit poste du 120ème B.C.P. Les Chasseurs se défendent avec énergie abattant plusieurs Allemands, et la reconnaissance se retire, après avoir fait quelques prisonniers dans la bagarre ; pour rentrer dans ses lignes sans se perdre, elle a tendu sur près de deux kilomètres un solide ruban tressé de couleur blanche, visible dans l’obscurité.

Pour ses repos, le Bataillon vient à Raville où, un Dimanche, le sympathique Sergent-major MIGNOT, Chef de la Fanfare du 106ème depuis la formation, nous donne la primeur d’un brillant pas redoublé de sa composition, qu’il a intitulé « Raville-sur-Sânon ».

Le 3 Novembre 1918, arrive à Bathélémont-les-Bauzemont une délégation composée du Préfet de Nancy, Léon MIRNAN, du Général PHILIPPOT Commandant les Corps d’Armée, du Sous-préfet de Lunéville, Roger LANGERON (qui fut plus tard Préfet de Police à PARIS et devint l’historien réputé de la Restauration), et d’Officiers Américains. Elle est reçue par le Lieutenant VISSE et le Sous-lieutenant BALLAND, de la 3ème Compagnie, à qui elle annonce qu’elle vient inaugurer le monument offert par la Lorraine aux Etats-Unis, à la mémoire des trois premiers soldats américains tombés sur le sol français à Bathelémont.

L’Adjudant FRERY, Adjudant de Bataillon depuis Juin 1916, qui sut se faire aimer autant qu’obéir dans ses délicates fonctions, souvent ingrates, fait présenter les armes à la cérémonie, ponctuée par quelques coups de canon lointains.

Le monument est une stèle présentant sur une face une Croix de Lorraine, avec les chardons symboliques des armes de la Ville de Nancy (« qui s’y frotte s’y pique ») ; il est érigé sur une petite place, au bord de la pente que domine le village et qui s’étend vers Beauzemont.

Sur la face opposée on lit les noms des trois Soldats :

Caporal J.B. GRESHAM, d’Evansville

Soldat Thomas F.ENRIGHT, de Pittsburg

Soldat Merle D’HAY de Clidden

Suit cette inscription :

En fils dignes de leur grande et noble Nation, ils ont combattu pour le Droit, pour la Liberté, pour la Civilisation, contre l’Impérialisme Allemand, fléau du genre humain.

Ils sont Morts au Champ d’Honneur.

En 1940, les Allemands ordonnèrent au Maire de faire disparaître cette inscription gravée en creux. Très astucieusement celui-ci se contentera de faire couler du ciment blanc dans les lettres, de sorte que celles-ci seront d’autant plus apparentes !

Alors les Allemands feront sauter le Monument et détruiront la grille qui l’entoure.

Actuellement, un monument plus simple s’élève au même endroit.

Vers la fin de la dernière décade de Novembre 1918, de nombreux « tuyaux » circulent : il y a quantité de pièces de batterie sur les rives du Canal des unités américaines nouvelles sont arrivées, le Général MANGIN doit mener une grande attaque pour faire tomber Metz et dispose de 26 Divisions ; « en face » il n’y a, paraît-il, que 4 Divisions Allemandes, etc…

Le Secteur reste assez calme, avec les habituels bombardement sporadiques, qui continuent jusqu’au matin du 11 Novembre.

La Note secrète N° 9674 du 10 Novembre 1918, du Lieutenant-colonel de TORQUAT, Commandant le 12ème Groupe de Chasseurs, fait connaître la conduite à tenir, selon que l’Armistice sera ou ne sera pas signé. Dans la deuxième hypothèse, nous prendrons « la tenue d’assaut sans sac ».

 
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