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La poursuite de l'Oise à la Somme

A notre gauche, des évènements importants se préparent. La fameuse ligne Hindenburg s’ébranle sous les assauts des forces franco-britanniques.

Le 8 Août 1918, elles ont repris Montdidier. Notre tour est venu de passer à l’attaque.

Le 10 Août 1918 à 4 heures, se déchaîne une très courte, mais formidable préparation d’artillerie.

A 4 heures 10, le 121ème s’élance à l’assaut, face au Bois des Béatitudes, avec le 106ème en soutien : à Mery, nous avons travaillé toute la nuit, derrière le 121ème, sous un furieux harcèlement d’obus explosifs et toxiques, qui cause des pertes sensibles à la 3ème Compagnie, à élargir et approfondir les boyaux d’accès aux lignes.

D’un seul élan, le 121ème encercle et fait prisonnière la Compagnie Allemande dont le Capitaine a été tué l’avant-veille ; et à la fin de la journée, une avance de 9 kilomètres est réalisée : nous revenons enfin à la guerre de mouvement !

Et pendant 26 jours, le 12ème Groupe de Chasseurs progressera de 35 kilomètres environ sur un parcours jalonné par les localités d’Orvillers, Sorel, Conchy-les-Pots, Lassigny, Fresnières, Ecuvilly :

Le 106ème Bataillon atteint :

Le 13 Août, le Bois Carbonnier

Le 17 Août 1918 : le Bois de la Croupe

Le 19 Août 1918, les tranchées de la Hanche et du Haricot, aux lisières du Bois-des-Loges.

Le 20 Août 1918, il est soumis à un violent bombardement d’obus toxiques qui atteignent surtout la 2ème Compagnie, celle-ci doit être évacuée en totalité avec son chef, le Lieutenant GIRARDOT, à l’exception des seuls Chasseurs partis en corvées de soupe et de matériaux, qui ne réintègrent d’ailleurs pas l’emplacement, car, emprisonné, celui-ci ne peut plus être occupé.

Le 23 Août 1918, le 106ème est en première ligne à Fresnières.

Le 30 Août 1918, il participe en soutien du 121ème à l’attaque de la Ferme Haussau et il reste en réserve dans un ravin fortement harcelé par les balles et les obus, derrière Ecuvilly.

Le soir, il franchit, Section par Section, en petite colonne, le Canal du Nord (qui est presque à sec) guidé par le Commandant HUREL, qui pendant toute la traversée,salué par des rafales d’obus et de mitrailleuses, se tient debout sur la rive opposée, réglant le passage et disant aux mitrailleurs qui s’élancent par groupe de deux : « Allez mes enfants » !

Et ceux-ci courent entre deux salves, portant leur Hotchkiss (23 Kg 500) ou leurs lourdes caisses de munitions.

La 3ème Compagnie va occuper les hauteurs de la colline de Chevilly, qui domine le Canal, au moment où une violente attaque allemande se poursuit contre le village.

Les deux autres Compagnies s’installent en face du village de Campagne, sur la rive du Canal, au Nord de la Colline. Le 3 Septembre 1918, ces deux Compagnies s’emparent du village sous le Commandement du Capitaine LABRIET.

Le 4 Septembre 1918, le 106ème est relevé.

Cette longue période de combats, si elle fut moins meurtrière, compte cependant parmi les plus dures qu’aient connu le 106ème.

 A la relève, il ne restait plus que 30 à 35 Chasseurs en moyenne par Compagnie, sur l’effectif de 150 à 160 qu’elles avaient au départ de Méry, le 10 Août 1918.

Il y eut relativement peu de tués par balles et obus, car l’ennemi, qui cherchait avant tout à ralentir notre avance sans livrer de combat décisifs, ne mit pas en jeu de moyens importants.

Mais cette avance se fît sur un terrain abondamment « ypérité » par nos obus, et , ensuite, par les obus allemands, et tous furent plus ou moins atteints aux yeux, à la gorge, aux poumons, et parfois aux pieds par la vapeur vésicante, qui même à dose très faible, agissait à la longue. Il était évidement impossible de vivre 26 jours avec le masque sur la figure. Nous avions tous un parler rauque, caractéristique de la brûlure des cordes vocales ; nos yeux faisaient penser ….. à ceux des lapins albinos !

Et, chose affreuse, nous apprenions, de temps à autre, que tel ou tel camarade était décédé à l’ambulance ou à l’hôpital, à la suite d’une crise d’œdème aigu des poumons après 4 jours, 8 jours, 15 jours de soins !

Les précieux documents suivants montrent quelle fut la tâche accomplie :

III ème ARMEE
ETAT-MAJOR 3ème Bureau

N° 4.037/3

 

Q.G.A, le 22 Août 1918
ORDRE GENRAL N° 620 Op.

« Soldats de la IIIème Armée,

Voilà 12 jours que vous combattez sans relâche avec un courage, une générosité dont je veux vous remercier.

Mais pour vous, la plus belle récompense sera de vous souvenir de ce que vous venez d’accomplir.

Le 10 Août, c’était la ruée en avant de la gauche et du centre de l’Armée :

Le 34ème C.A. (Général NUDANT) bousculait l’ennemi sur 10 kilomètres de profondeur, des environs de l’Aronde à Boulogne-la-Grasse et Conchy-les-Pots, pendant que le 15ème C.A. (Général de EONCLARE) enlevait le massif de Vignemont.

Cette heureuse progression permettait, dès le lendemain, d’orienter l’attaque à l’Est sur tout le front de l’Armée.

Pendant que le 34ème C.A. à l’aile marchante, progressait encore de 4 kilomètres, jusqu’aux lisières du Bois-des-Loges et de la Berlière, le 15ème C.A. franchissait la Matz et commençait l’escalade de l’âpre massif de la petite Suisse.

Puis pendant 8 jours, ce fut un combat incessant au cours duquel vous avez, pas à pas rejeté l’ennemi : la conquête du Bois-des-Loges, l’enlèvement du Plateau de St-Claude, les durs combats des Bois de Thiescourt, de l’Ecouvillon, d’Attiche, de la Chapelle-St-Aubin, l’enlévement de Canny, du Bois du Buvier, de Lassigny ont glorieusement jalonné votre route.

Maintenant, l’ennemi battu se terre devant vous.

Il est découragé, ses pertes sont énormes ; il est mûr pour une nouvelle défaite.

Réjouissez-vous Soldats, vous avez bien travaillé et la victoire vous a récompensé de vos peines et de vos fatigues.

Je vous félicite de tout cœur, tous, Chefs Etats Majors, troupes et Services.

Signé : HUMBERT »

 

129 ème DIVISION
ETAT-MAJOR 3ème Bureau

N° 4.101/I

 

AU P.C., le 24 Août 1918

 

« Copie conforme de l’ordre Général n° 620 Op. notifié à tous Corps et Services »

 

129 ème DIVISION
ETAT-MAJOR 3ème Bureau

N° 3.734/3

 

Q.G., le 8 Septembre 1918

 

ORDRE GENERAL N°97
Aux DIVISIONS du GROUPEMENT NUDANT

Partis le 10 Août de la ligne Ferme Porte-St-Maur Belloy, vous avez enlevé dans une poussée irrésistible Resson-sur-Matz, Lassigny, Chevilly, Guiscard, Ugny-le-Gay, Frières, et vous venez d’atteindre le Canal Crozat après 60 kilomètres parcourus en 28 jours de combats rudes et ininterrompus.

Seules des troupes d’élite étaient capables de fournir un pareil effort. Vous avez consacré votre réputation.

Cet effort je vous l’ai demandé et vous me l’avez donné à plein cœur, car il n’en était pas un seul parmi nous qui ne sentît profondément, intensément, la gravité de l’heure et de sa beauté.

Tout l’honneur de cette avance glorieuse revient à vos Chefs directs et à vous-mêmes. Votre vaillance, votre ténacité ont trouvé leur récompense. L’ennemi est battu, désorganisé. Le succès vous paie de vos fatigues. Vous êtes victorieux.

Fier d’avoir été placé à votre tête pendant ces journées de Bataille, je dis à tous merci.

Le Général de Division NUDANT

Commandant le 34ème C.A.

Signé NUDANT

 

129ème DIVISION
ETAT-MAJOR 3ème Bureau

N° 8.924/3

 

AU Q.G., le 13Septembre 1918

 

  Copie conforme notifiée à tous
(a répartir jusqu’à l’échelon Compagnie) 

 

12ème GROUPE de CHASSEURS
ETAT-MAJOR
N° 9.758

 

 le 14 Septembre 1918

 

 ORDRE N°25
Du 12ème GROUPE de CHASSEURS

« Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Chasseurs du 12ème Groupe.

A la date du 13 Novembre, le Général en Chef télégraphie que le 12ème Groupe de Bataillons de Chasseurs, comprenant les 106ème B.C.P., 120ème B.C.P. et 121ème B.C.P. a obtenu une citation à l’ordre de ‘Armée pour sa brillante conduite lors des attaques dans l’Oise, et qu’il aura le droit au port de la Fourragère, chacun des Bataillons étant déjà titulaire d’une citation à l’ordre de l’Armée.

C’est avec une grande joie que je porte cette décision à votre connaissance.

Cette deuxième citation et le port de la Fourragère sont la récompense de vos héroïques exploits de 11 Juin 1918, de vos efforts, de vos combats victorieux qui se sont poursuivis ininterrompus durant les mois de juillet, d’août et du début de septembre.

Vous porterez fièrement cette Fourragère qui distingue les corps d’élite, témoignage de votre valeur et que vous avez si bien méritée.

Le texte de la citation du 12ème Groupe sera textecommuniqueé ultérieurement.

Le Lieutenant-Colonel de TORQUAT

Commandant le 12ème Groupe de Chasseurs

Signé : de TORQUAT

DEUXIEME CITATION A L’ORDRE DE L’ARMEE

ORDRE GENERAL de la IIIème ARMEE

Le Général Commandant en Chef décide que le 12ème Groupe de Chasseurs serait cité à l’Ordre de la III ème Armée, avec le motif suivant :

Du 10 Août au 6 Septembre 1918, sous les ordres du Lieutenant-colonel de TORQUAT de la COULERIE, comprenant le 106ème Bataillon de Chasseurs à Pied, sous les Ordres du Commandant HUREL, le 120ème Bataillon de Chasseurs à Pied, sous les ordres du Commandant NADAL, le 121ème Bataillon de Chasseurs à Pied, sous les Ordres du Chef de Bataillon MATHIEU, a attaqué l’ennemi à six reprises avec la plus grande vigueur. Malgré des pertes sensibles, l’a forcé à reculer devant lui de plus de 30 kilomètres, lui capturant 221 prisonniers, un canon de 77, 30 mitrailleuses, 12 minenwerfer et un important matériel. A fait preuve de  superbes qualités offensives et d’une ténacité remarquable dans le combat.

Par ordre N° 135 « F » le droit au port de la Fourragère, aux couleurs de la Croix de Guerre, est conféré au 106ème B.C.P.

Signé : PETAIN

 
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