http://106emebcp.fr/recueilsouvenirs106bcp

Le Chemin des Dames

Le 14 Juin 1917 au soir, quittant les carrières de Chassemy, le 106ème monte en ligne au Chemin-des-Dames, dans la région du Panthéon, face à la ferme des Bovettes, après avoir passé Vailly et Aisy sous un bombardement ennemi occasionnant quelques pertes.

L’ennemi bombarde, par obus de 380, les abris constitués par d’anciennes champignonnières où s’abritent nos réserves.

Le 19 Juin 1917, à la suite d’un terrible bombardement sur les carrières, L’Abbé HECKER est grièvement blessé en célébrant sa messe et meurt peu après son arrivée à l’ambulance.

Chaque jour, un aviateur allemand auquel nous avions donné le surnom de « Fantomas », emprunté au héros d’un film en vogue, survole nos lignes à basse altitude et nous lance des grenades de la grosseur d’un œuf ; il est parfois si près du sol qu’on le voit distinctement se pencher hors de la carlingue pour jeter ses engins meurtriers. Un matin, au petit jour, une corvée de soupe de retour en ligne répond à son attaque par un tir nourri.

Quelques balles ont probablement porté car Fantomas vire et revient vers la corvée qu’il mitraille de plus belle, mais il n’a pas compté sur l’arrivée d’un avion aux cocardes tricolores qui le prend en chasse et l’abat entre les lignes françaises et allemandes aux applaudissement frénétiques des Chasseurs.

L’ennemi emploie tous les moyens pour rendre la position intenable et nous en déloger : arrosage par avions de fléchettes d’acier, lance-flamme, gaz, attaques avec ou sans préparation d’artillerie.

Le 27 Juin 1917, un obus de fort calibre tombe sur la carrière occupée par les pionniers du 106ème : le Capitaine CHOLET est pris, ainsi qu’un chasseur du canon de 37, sous l’éboulement. 2 servants du canon de 37 sous les ordres du Sergent DEROUILLAT sont ensevelis à leur tour et ils ne sont dégagés qu’au bout de deux heures. Par une chance extraordinaire, le Capitaine CHOLET a été préservé par un gros bloc de pierre. 3 blessés ont été retirés et un mort ; l’un des trois chasseurs blessé meurt à l’ambulance. 

Le 4 Juillet 1917, on attend la relève avec impatience mais rien ! Le général GARBIT doit paraît-il, quitter la Division. Le Commandant BURTSCHELL reprend le commandement du Bataillon et le Commandant DEROUGEMENT prend la tête du 3ème B.C.P.

Le 6 Juillet 1917, le Bataillon est relevé par le 120ème et part en réserve le soir.

Le 8 Juillet 1917, à 3 heures 30, les Allemands procèdent à un violent tir de barrage et attaquent sur le 359ème le 120ème et le 121ème avec jets de liquides enflammés, créant des pertes sévères et faisant pas mal de prisonniers.

Dans la nuit du 8 Juillet au 9 Juillet 1917, le 106ème Bataillon contre-attaque violement et neutralise complètement l’effort adverse malgré de très vifs tirs de barrage.

Le 10 Juillet 1917 vers 4 heures 30, le matin, le Bataillon  est relevé et, à travers la plaine, repassant par Aizy, Vailly et Chassemy, vient cantonner à Braisne, sur le Vesle entre Soissons et Fismes.

Le 11 Juillet 1917, Départ de Braisne en camions-autos pour débarquer à Mortefontaine, à une douzaine de kilomètres au Nord de Villers-Cotterets passant par Soissons dont la cathédrale ne garde plus que les tours, puis par Amblémy et Coeuvres.

Visite de Général de Division le 13 Juillet et départ de permissionaires.

Le 17 Juillet 1917, le Bataillon quitte Mortefontaine pour aller à Pierrefonds en passant par Retheuil, et beaucoup d’entre nous visitent le château, le soir.

Le 17 et 18 Juillet 1917, de Pierrefonds à travers la partie Sud de la forêt de Compiègne et passant par Sainte Perrine et la Croix-St-Oeun, il cantonne à Le Meux, puis va cantonner à Remy, au Nord, entre Estrées-St-Denis et Compiègne, et ce sera une nouvelle période de repos et d’instruction.

Toutefois, le 23 Juillet 1917, la 3ème Compagnie part à Survilliers, à près de 50 km de là, à la suite de troubles.

Le 26 Juillet 1917, le Bataillon part en manœuvres vers Moyenne-ville, Neufvy et Wacquemoulin, puis cantonne à Moyenneville.

Le 1er Août 1917, départ de Moyenneville pour Coudun, en passant par Gournay-sur-Aronde, et Braisne.

Le 2 Août 1917, départ de Coudun pour Lamotte, près Couloisy et Attichy, ayant au retour contourné Compiègne par le Nord-Est.

Le 3 Août 1917, départ de Lamotte, toujours dans l’Oise, pour nous rendre à Tartiers, dans l’Aisne, en passant par Vic-sur-Aisne, Hors et Nouvrin-Vingré. Le pays de Lamotte est construit sur d’anciennes carrières que les allemands ont fait sauter[1]

Le 14 Août 1917, le Bataillon va occuper pour une longue période, jusqu’à fin Octobre, le secteur de Vauxaillon, secteur assez étendu et occupation alternée avec les 120ème et 121ème B.C.P.

Secteur aussi très mouvementé, avec obus à gaz, fléchettes d’acier et bombes à main par avions ; groupe-francs et coup-de-main.

Terrains très marécageux, surtout aux abords de l’Ailette et du Canal ; bien des obus tombent dans la boue et n’éclatent pas, à notre grande satisfaction.

En lignes, c’est le Mont-des-Singes, à 800 mètres environ de Vauxaillon, la Ferme de Champ-Vailly, la Ferme de la Rivière, le Secteur de la Plaine, dit Secteur des Malgaches, l’Ecluse n°5, le Bois Mortier et les abords de la Forêt de Pinon.

A l’arrière de nos lignes : Vauxaillon, Courson et son pont sur le Canal et sur l’Ailette, le Camp des Ribaudes près de Leuilly, les Quatres Cavernes, la cote 129, la Ferme d’Antioche, le Bois des Aulnes.

Du côté allemand, Coucy-le-Château, Auffrique, Quincy, Brancourt, Anizy-leChâteau.

Le 13 Septembre 1917 au soir, le Bataillon est relevé par le 121ème B.C.P. et va cantonner dans les baraquements du Camp des Ribaudes, souvent bombardé, et d’où l’on aperçoit les tours de la Cathédrale de Laon.

Le 19 Septembre 1917, le Lieutenant-colonel CABOTTE procède a une importante remise de décorations.

Le Commandant BURTSCHELL quitte définitivement le Bataillon et passe le commandant au Commandant LAHUTTE venant du 67ème R.I. 

Le 2 Octobre 1917, le Commandant du 12ème Groupe, Lieutenant-colonel CABOTTE, ayant eu connaissance de l’existence d’un poste de garde en avant des postions ennemies, fait donner ordre au sergent Pierre HARTMANN, de la 1ère Compagnie, auteur du rapport de la reconnaissance de ce poste, de lui amener un prisonnier vivant, afin d’obtenir des renseignements utiles à notre Commandement.

Il connaît bien le Sergent HARTMANN, déjà titulaire de plusieurs belles Citations, et que tous aiment et admirent : à la 4ème Compagnie, au Linge, il a été deux fois prisonnier et désarmé, mais s’est échappé les deux fois dans la même journée. Habituellement désigné (et le plus souvent en compagnie du Sergent RHOMER, le brillant médaillé militaire du 19 Juin 1916 à Verdun) , il sera accompagné de quelques fidèles compagnons et il est un spécialiste de ces courageuses reconnaissances et incursions dans les lignes ennemies.

Cette fois encore, mission accomplie : il ramène avec ses Chasseurs, au complet, le prisonnier demandé.

Le 22 Octobre 1917, dans la soirée, le P.C. du Bataillon et ses abords sont violemment bombardés par les obus à l’ypérite et les occupants de l’abri, ancien ouvrage allemand dont la porte était orientée, de ce fait vers l’ennemi, avait eu l’imprudence de sortir de cet abri ! l’un des obus, est parvenu de plein fouet dans la porte même.

Il y a une quinzaine de « gazés » ; les yeux complètement clos, en file indienne, les mains appuyés sur les épaules du précédent, ils sont dirigés vers le poste de secours et pour la plupart évacués.

Parmi ceux-ci, le Commandant LAHUTTE, le Médecin-major, le Lieutenant BRETTEVILLE, et quelques chasseurs affectés au P.C.

Certains d’entre eux mourront peu après leur arrivé eau Poste de Secours ou à l’Hôpital.

Jusqu’à la fin Octobre 1917, le Capitaine PICARD, du 120ème B.C.P., commande provisoirement le 106ème.

Le 23 Octobre 1917, les bombardements sont violents, et malgré le mauvais temps, nos avions passant à faible altitude mitraillent les positions adverses :

C’est le Mont-des-Singes que nous devons attaquer à l’extrême gauche de l’action sur la Malmaison.

Pour riposter aux tirs ennemis et à leurs gaz, et aussi pour neutraliser une tranchée de flanquement qui dirigeait ses tirs sur notre droite, car la position de l’ennemi formait un saillant assez prononcé et fortement organisé, le Commandement fait effectuer des tirs par obusiers avec projectiles à gaz vésicants, dont le départ est commandé électriquement et en bloc par une Compagnie spécialisée (appareils Mécionni) ; 500 bombes vont atteindre d’un seul envoi les positions adverses.

Les pertes chez l’adversaire sont si sévères que ce qui en reste se retire dans la plaine en direction de Coucy d’une part et d’Anisy, d’autre part.

La crête du Mont-des-Singes est ainsi prise par le 106ème sans aucun combat.

Le 24 Octobre 1917, l’ennemi a battu en retraite abandonnant beaucoup d’armes et de matériels. Il a passé le pont d’Anizy ; nos grosses pièces d’artilleries tirent intensément ; l’ennemi ne répond pas, mais une très forte explosion indique qu’il a dû faire sauter le pont d’Anizy. Le Fort de la Malmaison serait à nous.

Du 25 au 28 Octobre 1917, on recherche le contact : la nouvelle ligne de résistance de l’ennemi devant être reportée de l’autre côté de l’Ailette.

Après un bombardement de jour par nos grosses pièces un coup de main a lieu sur le Bois Mortier, …. Puis on parle de relève !

Le 29 Octobre 1917, le Bataillon est effectivement relevé et se regroupe à Terny-Sorny.

Le Capitaine PICARD ayant, lui aussi, été intoxiqué par les gaz, c’est le Capitaine PERNET qui prend le commandement provisoire du Bataillon.


[1] Les renseignements de dates, de parcours et de lieux de cantonnements centraux (puisque les diverses Compagnies étaient par la force des choses et le plus souvent cantonnées en différents petit hameaux proches), ont été fournis par l’un de nos survivants du « dernier carré » et extraits de ses carnets établis au jour le jour, et il faut bien faire état, en ce « Recueil de Souvenirs », de la plupart des parcours effectué par notre « Bataillon de marche » et pouvoir les retrouver sur une carte. Le parcours de Lamotte à Tartier entre autres (quelquefois encore plus longs), représente une cinquantaine de kms avec le barda !


 
< Précédent   Suivant >