http://106emebcp.fr/verdunjuin1916

Préface

C’est en hommage à la mémoire de mon Père, tombé à ses côtés devant Verdun, que le Commandant P. Bretteville m'a demandé de présenter cet ouvrage. J'attache du prix à l'attention qu'il me témoigne et à l’honneur qu'il me fait.

Officier de la Légion d'Honneur, Vice Président de la Fédération Nationale des Anciens Chasseurs, le Commandant Bretteville a conservé la plus entière fidélité à son écusson et aux traditions de son Arme, dans le culte des valeurs qui s'attachent à la chose militaire.

Jeune Sous Lieutenant de réserve en juin 1916, il est engagé avec son bataillon sur les crêtes de Thiaumont. Chef de Section puis Commandant de Compagnie au moment le plus critique de la bataille, il est cité à plusieurs reprises pour actions d'éclat. A ces titres, le Commandant Bretteville est un authentique témoin des combats acharnés qui se sont déroulés sur les Hauts de Meuse pour la défense de Verdun.

Les souvenirs qu'il a rassemblés dans cette modeste plaquette exaltent la grande figure du Soldat de Verdun ; ils sont, à nos yeux, une émouvante évocation de ce que fut sa souffrance, sa force d'âme, sa ténacité sous le feu. Ils sont, pour tout dire, un hommage au sens du devoir et à l'esprit de sacrifice qui animaient le combattant de la Grande Guerre.

Si le soldat de Verdun a pu réussir à barrer à l'adversaire la route qui. l'aurait conduit ,au coeur du Pays, c'est avant tout parce qu’il possédait les forces morales qui lui ont permis de dominer sa souffrance, de faire face, de résister jusqu’au « dernier quart d’heure », puis de trouver encore les ressources et les cœur de rejeter définitivement l’assaillant

Ces forces, il les tenait d’une formation civique reçue au sein de la famille, développée à l’Ecole, puis prolongée au Lycée et à l’Université, tous milieux dans lesquels ses éducateurs s »étaient attachés à lui inculquer cette notion simple et féconde de l’amour sacré du Pays, qui est à la source des grandes actions.

il les tenait aussi des liens profonds qui unissaient alors la Nation à son Armée, l’une faisant corps avec l’autre, ainsi qu’en témoignent les premières pages de cet ouvrage.

« Verdun », c’est la victoire des forces morales dont le Soldat de France était imprégné.

La primauté de l’influence de ces vertus sur le sort des batailles est un enseignement aussi vieux que notre histoire nationale.

Vauban l’avait discernée, trois siècles avant Verdun, lorsqu’il disait jugeant de l’efficacité de la fortification qu’il avait conçue : « Elle ne vaudra que dans la mesure où ses occupants auront le cœur aussi dur que les pierres qu’ils défendront ».

La grande leçon que nous retirons de la lecture de ce récit, c’est la prépondérance de la valeur individuelle de l’homme, cet homme dont Ardant du Picq a pu dire qu’il est « le premier instrument du combat ».

Tout nous port à penser qu’en dépit des progrès incessants de la puissance du feu, ce jugement de principe restera valable à travers le temps, et plus encore, peut être à l’âge thermonucléaire dans lequel nous sommes entrés.

C’est dire que l’éducation civique de la jeunesse qui monte autour de nous, et qui peut avoir demain la charge de  défendre à nouveau le Pays, doit être l'objet de toutes nos préoccupations.

Cette jeunesse est  notre plus belle richesse.

Dans son essence elle n'est pas différente de celle de 1914

Comme sa devancière, elle est aussi prompte aux enthousiasmes qu'aux découragements ; elle est sensible aux idées généreuses comme aux grandes actions désintéressées. Capable de grands élans, elle s'est levée spontanément dans la phase ultime de la dernière guerre pour libérer le Pays.

Tout récemment enfin, son comportement dans les opérations de pacification en Afrique du Nord a suscité l'admiration et fait honneur à la Nation.

Les circonstances de l'avenir peuvent la confronter à de grandes épreuves vis-à-vis desquelles elle a besoin d'être armée.

Dans les temps troublés que nous traversons, elle est soumise à certaines influences déprimantes qui tendent à émousser le sens des valeurs nationales et affadir la notion de patriotisme; notre devoir est de l’en préserver.

Elle cherche des objectifs.

Elle a besoin d'un idéal.

Offrons lui – et c'est le rôle de ses maîtres à penser – celui qui inspira l’ardente génération qui sut  donner à la France la plus belle de ses victoires; …cette France plus chère encore à nos coeurs depuis qu'elle a été tant meurtrie.

Général R. COSTANTINI (C,R.).

 
Suivant >