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Avant propos

En relevant ces notes, j'ai eu le sentiment d'accomplir un devoir de piété morale, un acte de foi dans les destinées de notre pays.

La foule est oublieuse et versatile. Il faut se faire à l'idée de l'oubli. Jacques Meyer a raison lorsqu'il fait dire par l'un des personnages de son livre : « La guerre, mon vieux, tu sais bien ce que c'était ; mais quand nous serons morts, qui donc l’aura jamais su ? »

Pour ceux qui, comme moi, ont participé à deux guerres mondiales au cours de leur existence, la valeur exemplaire de cette grande et pelle page d'histoire s'enrichit encore de toutes les colorations affectives du souvenir.

On pourra écrire des volumes, des centaines de volumes sur la bataille de Verdun. On n'épuisera jamais le sujet. Car il n'est pas une division, une brigade, un régiment, une compagnie, voire une escouade ou même un simple poilu qui n'ait a citer une situation, un épisode, un fait d'armes aussi intéressant que réel.

Les hommes de ma génération ont payé cher leur nécessaire contribution à la défense de la Patrie. Certains sont morts dès leur  baptême du feu. D'autres sont tombés à la veille de l’armistice  Mais tous ont été privés de leur jeunesse, de leurs espoirs, de leurs rêves. Ils n’ont pas connu, à l’époque de leur pleine formation, 1es ressources et les bienfaits de la paix

La tâche était rude. Mais je puis l’affirmer, ceux de nos camarades qui nous liront ne me contrediront pas; ils surent se montrer dignes du passé de leur race et des plus hautes traditions de leur histoire.

Verdun c’est une bataille entrée dans 1a légende. C'est la victoire de la vaillance et du, dévouement. C'est la victoire, aussi de l’énergie, de la volonté de toute une armée bien décidée à mourir sur  place plutôt, que d'abandonner le terrain.

C’est le soulèvement désespéré de ces soldats extraordinaires terrés dans la boue depuis quinze mois,  retranchés de la vie normale, épuisés crasseux, « pouilleux », luttant jour et nuit contre trois ennemis implacables: les éléments; la vermine et … les soldats d'en face.

Verdun demeurera à jamais comme un sommet terrible. Aucune terre d'aucun pays n'a été - à la lettre – aussi arrosée de sang humain que ce petit espace du sol français.

Dans la terre de Verdun à jamais meurtrie par des millions d'obus dorment., sous une stèle individuelle, dans l'anonymat des grands Ossuaires ou s'étant confondus dans le sol même des centaines de milliers d'hommes qui seront, pour toutes les générations, l'exemple du devoir et du sacrifice.

Verdun, histoire immense de la souffrance des hommes nous a révélé à nous mêmes la réelle existence d'un patriotisme collectif dont nous étions, tous tributaires et indissociables.

Les noms légendaires du bois des Caures, de la Côte 304 du Morthomme, de Douaumont, Vaux,  Fleury, Thiaumont et Froideterre consacrent  à  jamais cet attachement profond ce ,don de soi, ce dévouement absolu de tout un peuple à la cause de la liberté.

Il ne s'agit dans cette très modeste  étude, de faire le récit des événements qui se sont déroulés au cours de la guerre 1914-1918 dans ce secteur maudit. Notre action à nous, chefs de section ou commandant de compagnies, était si misérablement petite, et restreinte dans d'aussi formidables événements  que nous en saisissions moins les grandes lignes. Mais ce dont nous pouvons parler, c'est de la vie du poilu de Verdun, comme fut celle des poilus de France dans tous les secteurs mouvementés.

Les deux journées capitales de la bataille de Verdun sont le 21 février et le 23 juin1916.

21 février... C'est le déclenchement de la grande offensive allemande vers la veille Citadelle.

Elle sera bloquée au bois des Caures, par la résistance acharnée des bataillons du colonel Driant, dont le nom est entré dans l’histoire.

Bien que ces glorieuses actions sortent du cadre de mes souvenirs personnel, j'ai tenu à les évoquer. Car les actes d'héroïsme qui ont marqué l’ouverture de la grande bataille sont indissociables  de ceux qui les ont suivis.

Honneurs à tous ces sacrifices, que nous avons voulu réunir dans le même hommage.

23 Juin …C'est le « tournant » de la bataille. C'est la journée de résistance décisive et de, reprise de l’initiative C’est à cette date que le sort des armées s'est tourné vers l’Armée française.

De cette journée, relatant l'action de mon Bataillon, je signale l’épisode, des Quatre Cheminées, laissant à une voix plus autorisée que la mienne le soin de nous en rappeler les grandes lignes.

Ce qu'il ne faut pas se lasser de dire et de redire, c'est que Verdun a été sauvée non point seulement par les canons français toujours inférieurs en nombre et en puissance, mais d’abord par les poitrines françaises.

J'adresse, non sans émotion un, hommage très respectueux à mon ancien Chef de Bataillon, le Cdt Burtschell, Cdt le 106e B.C.P qui fut si brillant dans cette violente bataille ; j’adresse à la mémoire du Cne Costantini, du Lt Diraison Seylor aux  côtés desquels je me trouvais au cours de l'attaque du bois Nawé, un souvenir indéfectible. Ils furent magnifiques, entraînant par leur exemple et leur conduite impeccable les chasseurs de la compagnie qui ne demandaient qu’à suivre. Je m'incline devant la mémoire de tous ceux qui ont arrosé de leur sang ce haut lieu sacré. Et c'est à celles de tous mes camarades de combat de toutes armes, tombés pour la défense de Verdun que je dédie ces lignes,

Cdt P. B.

Ancien du 106e Bataillon de chasseurs.

 
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