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Froideterre, point culminant de l'avancée Allemande

Qu'il nous soit permis de donner ici quelques renseignements sur  Froideterre qui fut le point le plus avancé atteint par les Allemands en ce jour du 23 juin.

Froideterre était un ouvrage intermédiaire à profil triangulaire de la ligne principale de défense, construit en 1887-1888, renforcé de 1902 à 1904. Comprenant deux parties sans communication, l'une était constituée par une caserne bétonnée pour 142 hommes couchés, surmontée par une tourelle de deux mitrailleuses accolées, un observatoire cuirasse et une guérite d'observation.

A l'intérieur, une inscription : « S'ensevelir sous les ruines du fort plutôt que de se rendre ».

Dans la deuxième partie, une tourelle de deux 75 courts jumelés pour la défense, flanquant à gauche l'ouvrage de Charny, à droite, l'ouvrage de Thiaumont.

La garnison comprenait, en mai 1916, une compagnie de mitrailleuses de position, un détachement du Génie et quelques artilleurs. En tout, 130 à 150 hommes et quelques blessés des secteurs voisins qui étaient venus chercher refuge dans l'ouvrage.

Le commandant du fort était un ancien Chef de Bataillon de Zouaves, amputé d'un bras.

Outre les deux 75 et les deux mitrailleuses sous coupoles, l’armement comprenait des mitrailleuses Saint-Étienne pour la défense des abords.

En 1915, la conception d'emploi de la fortification permanente était la suivante : « Les fortifications fixes sont devenues inutiles. Le pilonnement de la grosse artillerie les détruit ou les rend ineffficaces. Leur énorme consommation de munitions oblige à créer des itinéraires de ravitaillement qui, n'étant pas fortifiés, sont vulnérables.

« La défense du territoire dépend exclusivement des armées de campagne. Il est donc plus utile d'employer les troupes des places à l'exécution des travaux du front. Le désarmement des places, dont le rôle passif n’est plus acceptable, peut seul nous procurer sans délai l'artillerie lourde indispensable à nos armées ».

Les forts sont des vestiges, « des cadavres » qu'on peut dépouiller. Au 15 octobre 1915, quarante-trois batteries lourdes ont déjà été prélevées pour la place forte de Verdun. On enlève même des batteries de 75 qui assuraient des flanquements d'intervalle ; les garnisons sont réduites ou supprimées.

Aucun stock de munitions n'existait en raison du fâcheux décret du 5 août 1915 qui avait décidé le désarmement des forts.

Pour obéir aux ordres du Général Pétain qui, dès sa prise de commandement de la IIe Armée, tint à réparer cette erreur, la compagnie, en place, dut, pendant six semaines, s'employer à la constitution du stock.

Ce ravitaillement en munitions, comme, du reste, le ravitaillement en vivres, ne put s'effectuer que de nuit et à. bras, depuis le ravin des Vignes et la route qui le surplombe, opération exténuante et fort périlleuse, dans le chaos des trous d'obus, sous le déchaînement de nos canons, les tirs de barrage ou la contre-batterie ennemie, avec parfois l'effrayante explosion d'un caisson de munitions atteint par un obus.

L'eau manquait dans le fort. La seule source utilisable se trouvait à plus de 600 mètres.

 
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