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Du 18 au 22 juin

Journées du 18 au 21 Juin

Dans la journée du 18 juin, décision est prise de relever le 106e pour lui permettre de se reconstituer. Seule, la 6e compagnie restera en ligne jusqu'au 19 au soir. Dans la nuit du 18 au 19 juin par petits groupes, les chasseurs regagnent la Citadelle de Verdun, où le lendemain, dans les fossés de celle-ci, la Médaille Militaire est remise solennellement à trois des nôtres et notamment aux sergents Bourdin et Rohmer.

Le 20 après-midi, de nouveaux bruits de remontée en secteur circulent, « Remettre çà » ! On se résigne et, à 20 heures, on quitte la Citadelle sous le fracas effroyable des artilleries française et allemande qui tirent à toute volée.

Arrivés au lieudit Froideterre, dans le ravin de la Mort, le 21, vers 1 heure du matin, nous réalisons l’epouvantable carnage.

Le 106e B. C. P. (3 Cie: 2e, 4e, 6e + la C.M. 2) relèvent le Bataillon Grillot sur la ligne intermédiaire : Ouvrage Saint-Vaast, Ouvrage Liévin, retranchement 300 mètres au Sud de la cote 312.

Cette ligne n'est tracée que sur le papier et n'existe pas en réalité.

Nous occupons des abris souterrains, où nous dormirons tout équipés, quelquefois mordus par les rats, dans la puanteur, avec le sentiment que les rondins du plafond vont d'un instant à l'autre nous écraser la tête. C'est d'ailleurs ce qui nous est personnellement arrivé. Nous étions quatre dans le même abri : l'adjudant-chef Guéguère, son ordonnance, le mien, J. Duchesne et moi-même. Notre adjudant-chef, voulant préparer le déjeuner qui consistait à ouvrir une boite de sardines, s'assit sur une boite d'alcool solidifié, seul siège à notre disposition. Sa tête touchait le plafond. Un 77 éclate juste sur le dessus de l'abri qui s'effondre, et une planche vint frapper notre ami sur le cou, le tuant net. Son sacrifice sauva ses trois camarades.

Les 3 Cie et la C. M. restantes du 106e, ainsi que le Bataillon Grillot se rendent au camp F, au Sud de Nixéville.

A droite de la 257e Brigade, une relève est en cours, la 258e Brigade prenant le secteur de M.4.

Le 106e reçoit l’ordre de travailler toutes les nuits aux tranchées de la ligne intermédiaire.

Le 121e, (Chef de Bataillon de Belenet) quitte la citadelle le 21 au soir. Par le canal, la route de Bras, il monte prendre position sur le plateau de Thiaumont et s'installe dans les trous d'obus existants, ce qui ne facilite pas les liaisons.

Intense bombardement

Le 22 juin, l'intensité du bombardement augmente sans cesse. Un observateur allemand en drachen, Otto Schmitt, en a fait un récit saisissant que l’on trouvera en annexe.

Un peu plus tard, la « saucisse » sera abattue et Otto Schmitt fait prisonnier.

Les nôtres sont impuissants sous cette débauche de mitraille. Voûtant l'échine, soulevés comme des fétus, ils attendent passifs l’éclat mortel ou l’ensevelissement, cette lamentable fin du soldat qui meurt les membres brisés, étouffant, la bouche et les oreilles pleines de terre, sans pouvoir même crier sa douleur et sa haine, sans un regard de pitié, sans un geste qui console.

L'ouvrage de Froideterre est, lui aussi, soumis à des bombardements quotidiens et généralement violents par obus de gros calibre, surtout par des 210 à fusée retardée, 500 projectiles, dont 100 de 305 et de 380, s'abattent sur l'ouvrage. Le sol est bouleversé, les réseaux de fil de fer presque détruits. Les projections de terre et de béton coincent la tourelle de mitrailleuses, l'empêchant de fonctionner. A la moindre accalmie, des volontaires se portent sur la tourelle pour en dégager le pourtour et lui permettre de pivoter de nouveau.

Vers 16 heures, un obus de très gros calibre, 305 ou 380, crève à la fois le plafond et le mur de gorge de la caserne, créant une énorme ouverture près de l'entrée principale. Deux hommes sont tués, trois autres blesses. Une panique est vite enrayée. Mais sous ce bombardement formidable, tout ravitaillement est impossible.

A 18 heures, une odeur âcre se fait sentir. Les Allemands déclenchent un pilonnage extrêmement intense par obus suffocants.

Ces projectiles paraissent d'abord peu dangereux : ils s'écrasent en répandant une odeur acre. On crie : « Vite, la cagoule ! » …Les masques sont coiffés. L'atmosphère devient peu à peu irrespirable, surtout dans les bas-fonds.

Des compagnies avec le chargement ne peuvent même essayer de progresser, malgré la tentative de se tenir homme par homme. Ceux qui ont l'imprudence de soulever leur masque pour reprendre haleine s'écroulent bientôt dans les fossés, râlant, la poitrine embrasée. Sur 2 kilomètres de profondeur, un nuage de mort isole de tout secours les combattants de première ligne, eux mêmes recroquevillés en terre sous la terreur des obus, ne voyant rien, respirant avec angoisse sous l'appareil protecteur.

Un combattant a fait ainsi le récit de la relève. « Des gaz partout... terrible... On ne respire plus, les bronches semblent s'arracher. Il fait nuit sous la cagoule, et il faut avancer sur un terrain plein d'embûches et de trous ; la buée masque les oeillères... heures épouvantables... plus d'air... on pense mourir... »

Des hommes qui n'ont pas mis à temps leur cagoule ou qui, pour y voir clair et avancer, l'ont retirée un instant, se roulent à terre, appellent au secours, en proie à des douleurs atroces.

Ce bombardement retarde considérablement la relève à la droite de la 257e, brigade par le 297e R. I. et Du Bataillon du 65e, R. I., placé à la droite du 359e, R. I. Le jour empêche la relève de se poursuivre, en sorte que plusieurs compagnies du 297e doivent passer la journée du 23 dans les lignes.

 
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