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Direction Verdun

Date mémorable

Si, au petit jour du 23 juin 1916, vous vous étiez trouvés sur la route de Révigny à Bar-le-Duc, à 50 kilomètres de Verdun, l'angoisse vous aurait pris à la gorge, vous auriez cessé tout propos et, l'oreille tendue vers le Nord, vous auriez tremblé d'effroi en entendant l'effroyable grondement.

Vous n'auriez eu qu'une pensée : le drame de Verdun.

La presse, chaque année, rappelle, après celle du 21 février, cette date mémorable du 23 juin ; mais ce qu'elle ne dit pas, c'est le rôle magnifique joué par certaines unités et tout particulièrement par les 106e, 114 e, 120 e et 121 e, B. C. P., les 39 e, 67 e, 239 e, 405 e, 407 e R.I. et d'autres encore, sans oublier les artilleurs, les sapeurs, les aviateurs, les territoriaux.

Des crêtes de Froideterre, un instant submergées, l'ennemi put, le 23 juin, apercevoir la ville à demi détruite. Les Allemands avaient monté cette attaque avec des moyens formidables en artillerie et en infanterie. Ils avaient adopté un dispositif d'attaque qui exposait les régiments à des pertes énormes. Il fallait en finir avant que l'offensive des armées alliées ne devint trop menaçante sur d'autres points du front.

Martelée depuis quatre mois avec un acharnement dont l'histoire n'offre d'autres exemples, entamée mais non abattue, l’armée de Verdun tenait tête à l'orage et se cramponnait, avec une ténacité indomptable, aux dernières collines qui dominent la ville.

Le commandement allemand avait escompté pouvoir pousser ses bataillons, drapeaux en tête, jusque sous les murs de Verdun, en deux ou trois jours au plus. Mais, dès le début, les réserves destinées à entretenir l'effort ont dû se fondre dans la première ligne désorganisée, incapable d'un nouvel effort. La marche en avant n'a pu être reprise. Une fois de plus, les plus lourds sacrifices n'auront procuré à l'ennemi qu'une désillusion nouvelle.

Avec le recul des années, on mesure beaucoup mieux aujourd'hui la prodigieuse somme d'énergie, d'héroïsme, qui devait habiter ces véritables démons que la France avait mobilisés pour la défendre. Le Kaiser avait choisi, pour extirper Verdun de notre sol, l'élite de ses soldats. Mais le Destin avait placé là, à l'heure qu'il fallait, des héros qui leur étaient encore supérieurs. Qui dira la lutte effarante, monstrueuse, cyclopéenne, que se livrèrent ces hommes.

Honneur à tous

Qu'il soit permis au chasseur à pied que je suis de saluer bien bas ses camarades fantassins, artilleurs, sapeurs et cavaliers ; ses compagnons de joie et de misère. Je le fais, voyez-vous, en connaissance de cause, ayant vécu et combattu au milieu d'eux au cours de ces journées terribles.

Subir pendant des heures interminables des bombardements d'enfer, se blottir, se terrer où l’on peut, se coucher par terre et feindre la mort, grelotter sous la pluie, sous la neige, ne pas dormir, souvent n'avoir rien à manger, ni à boire, voir tomber à côté de soi des camarades atrocement déchiquetés, entendre les cris des blessés et les râles des mourants et tenir, tenir jusqu'au bout, jusqu'à la mort, parce qu'il le faut, parce que c'est la consigne et le devoir, puis trouver encore la force de franchir en courant d'aveuglants tirs de barrage, de faire le coup de feu, contre-attaquer à la grenade, à la baïonnette ou en de sanglants corps à corps, telle a été la vie épuisante et pathétique de nos soldats dans cet enter de Verdun.

Dans cette lutte titanesque, l'armée française n'a eu qu'un seul coeur, comme elle n'a eu qu'une seule volonté. Car ce ne sont pas seulement les combattants, fantassins et artilleurs, qui donnèrent l'exemple du zèle et de l'héroïsme : conducteurs d'automobiles, « cheminots », cuisiniers, infirmiers, brancardiers, médecins, aumôniers, aviateurs, observateurs, territoriaux, tous surent rivaliser d'élan et d'endurance. Jusqu'en première ligne, par des chemins défoncés, sous des bombardements effroyables, on vit arriver des convois sanitaires ; de précieuses vies se risquaient sans hésiter pour en sauver d'autres. Entre les diverses armes, entre les divers services de l'avant et de l'arrière, sous l'action souveraine d’une pensée unique : « les empêcher de passer », s'établissait la plus touchante des solidarités, la plus vivante des fraternités d'armes. Il semble que sur ce sol sacré de Verdun, toutes les plus hautes énergies spirituelles de la France, exaltées au-dessus d'elles-mêmes, se soient donné rendez-vous pour briser la brutale puissance matérielle de l'ennemi. Les historiens de l'avenir diront peut-être - et ils auront raison de le dire - que la France, à Verdun, a touché le point culminant de son histoire morale.

 
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