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Le poilu de Verdun

Presque tous les poilus qui se sont battus à Verdun sont passés par la Citadelle. Ils y séjournaient une nuit ou quelques heures en attendant de se rendre en ligne, ou en revenant des tranchées.

Quel Français de plus de cinquante ans ne se rappelle leur tenue de combat.

Le fantassin de 1916 avait vu son képi remplacé par le nouveau casque, coiffure de tranchées et de combat.

Son pantalon rouge avait disparu et la capote bleu horizon avait fait son apparition. Le barda était plus que respectable. Les bretelles de suspension supportaient le ceinturon auquel étaient accrochés la baïonnette, les cartouchières le bidon de deux litres. II y avait aussi la musette, le masque à gaz et le sac.

Rien à dire sur les « godasses » surmontées de bandes molletières dessinant jusqu'aux genoux des jarrets nerveux.

N'oublions pas non plus l'outil portatif, le fusil Lebel, le revolver pour certains, le couteau de nettoyeur de tranchée pour les autres. Pour tous, la gamelle, le quart, le couvert, le linge de rechange, la couverture, la toile de tente ; enfin, tout le nécessaire de la vie courante.

Il faut aussi penser aux cartouches, aux grenades et parfois aux fusées.

C’est dans l'extrême péril que les Français retrouvent énergie, compréhension et solidarité. Verdun perdu, c'était la France envahie. Chacun trembla dans la crainte dune redoutable défaite. Le tonnerre de Verdun secoua le vieux peuple d'artisans et de paysans qui s'employaient, depuis la Marne, entre deux coups de main, à ciseler des bagues avec des fusées d'obus. Jetés dans une mêlée sans précédent dans la chronique des massacres, les Français, harcelés par un adversaire obstiné dans sa résolution et son courage, répliquèrent par une égale ténacité et une résignation qui triompha du légitime « tremblement des carcasses ».

Le soldat de Verdun n'était pas un surhomme. De surcroît, il détestait la guerre dont on n'apercevait point, la fin. Mais on l'avait ancré dans cette certitude que ce conflit démesuré serait le dernier, le « der des der ». Il avait confiance.

Il aimait sa Patrie, sa terre, son toit, sa maisonnée et aussi sa douce manière de vivre, et c'est parce qu'il risquait de perdre tout cela qu’il s’accrochait à la terre qu’il défendait, qu’il montait au lieu du sacrifice d’un pas ferme domptant l’effroi.

Les « saints bonshommes de Verdun » entrèrent dans la légende.

Verdun retentit encore dans les mémoires après plus de 42 ans d’ébranlement de toute la terre. Les guerres et les révolutions, pour intenses qu’elles furent, n’ont pas atténué son éclat de leçon et d’exemple.

Nous tenons à rendre hommage aux survivants comme à nos morts. Il n’en est pas un parmi nous qui ne pense à ceux tombés sur le champ de bataille alors que nous, nous survivons. Il n’en est point parmi nous qui se pose la terrible question : « Pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi donc ai-je survécu ? »

Su nous survivons c’est pour tenir la place qu’ils auraient tenue, c’est pour poursuivre la tâche qu’ils assumaient au moment où ils sont morts.

La tâche du poilu de Verdun était ingrate : c’était celle qu’annonçait le Général Deville lorsque, dans l’Hôtel de Ville de Verdun, il tenait à ses officiers le discours suivant : « Vous êtes à Verdun et vous êtes la Brigade de Verdun.

۰         Je n’ai pas à vous cacher la vérité. Nous avons été surpris. Je n’ai pas à vous cacher les fautes. Nous avons à les réparer. La situation était désespérée. Elle n’est pas encore rétablie.

۰         Le secteur que nous prenons ? un chaos.

۰         La vie qui nous attend ? La bataille.

۰         Les tranchées ? Elles n’existent pas.

۰         Ne me demandez pas de matériel ? je n’en ai pas.

۰         Des renforts ? je n’en ai pas.

Puis trois fois, la voix se brise, rageuse, sur la finale : « Bon courage, Messieurs ! »

 
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